Le Nouvelliste
Vendredi 29 novembre 2002
Trois reines et un roi

Groupe atypique de la scène bostonienne,
les All the Queen's Men sont de passage à Sierre.

Propos recueillis par Didier Chammartin

 

Pas facile d'être un groupe de rock et de ne pas être dans la mouvance imposée par les charts ou MTV, les All the Queen's Men viennent de Boston. Une scène pas aussi importante que celle de Seattle, New York ou Los Angeles. Il y a pourtant là-bas trois mille groupes qui tentent tant bien que mal de se faire une place à la chaleur des sunlights. Des grands frères y ont réussi, comme Boston naturellement, mais aussi les Cars, Aerosmith ou Tracy Chapman. Mais c'était une autre époque.

Tamora GoodingAujourd'hui, la ville n'échappe pas à la tendance «gargage» qui s'est installée sur tout le continent américain. Un retour au son des sixties dont les chefs de file américains sont les Strokes ou les White Stripes. Alors quand on veut faire un rock différent, mâtiné d'electro et plus difficile d'accès, on peine. Mais les All the Queen's Men ont à la fois la foi et un disque tout nouveau Curvy Baby, un double album constitué de leurs compositions tout d'abord et d'un deuxième CD de leurs morceaux remixés par huit Dj's européens et deux américains. Parmi eux, deux Valaisans: Andy Zufferey et Brousse de Psyberpunk. Étonnant? Pas tellement. Andy Zufferey est le frère de Christine Zufferey, émigrée à Boston depuis dix ans et... chanteuse des All the Queen's Men. Christine traduit pour son groupe, composé de Tamora Gooding à la batterie, Catherine Capozzi aux guitares, Joe Kowalski à la basse. Rencontre avec tout le band qui sera en concert acoustique à l'Hacienda Sonic ce samedi à Sierre dès 22 heures. De quoi découvrir un groupe de Boston... avec un son européen.

Quel est le concept de Curvy Baby?

(Christine) Nous sommes basés dans le rock mais nous aimons bien la musique électronique. On a essayé de mélanger cette influence à nos racines. Et comme nous avions déjà fait des remixes sur notre dernier disque et que cela nous avait plu, nous avons poussé plus loin le concept en proposant nos morceaux à des Dj's pour des remixes.

(Tamora) Il est intéressant d'entendre quels éléments les Djs ont soulignés et ceux qui étaient de leurs interprétations.

(Christine). On aime le travail qui a été fait sur tout les morceaux. Et personnellement j'écoute plus les remixes que nos morceaux car avec Tamora nous avons tellement travaillé sur eux que nous préférons écouter autre chose et nous jouons maintenant même en live le remix fait par les Flying Red Fish sur <<You make my Life>>.

Un groupe de filles avec un disque qui s'appelle Curvy Baby présentant une pin-up sur sa pochette, c'est un peu machiste non?

(Christine) L'image de la femme aux États-Unis est semblable à celle d'un enfant, maigre et chétive. Notre message c'est que cette image est stupide, on est certainement plus heureuses en ne ressemblant pas aux filles des magazines. Le titre de l'album parle aussi de notre musique faite de courbes.

Il est difficile de trouver des filles qui font de la basse, ou vous vouliez à tout prix un gars dans votre groupe?

(Les filles en choeur) C'est agréable d'avoir un gars dans le groupe (rire). Nous n'avions jamais voulu être un groupe de filles, et on aime bien avoir une énergie masculine qui change celles des filles. Cela crée un équilibre.

Comment se fait le travail des morceaux dans le groupe?

(Christine) J'écris la plupart des textes. Mais nous partons souvent d'une partie de batterie que nous faisons tourner en répétition pour Curvy Baby en tout cas. Nous travaillons beaucoup ensemble, en jammant.
Beaucoup de bagarres?

(Joe) Christine et Catherine forment un vieux couple qui se <<chamaille>>. (rire)

Pour un bon nombre de musiciens suisses, les Etats-Unis ressemblent à un Eldorado musical. Qu'en est-il vraiment?

(Catherine) Les Etats-Unis sont un lieu fantastique pour la musique, mais très, très dur.

(Christine) Les cachets sont très maigres. Ils partent de <<rien>> et vont jusqu'à <<pas beaucoup>>.
Vous êtes donc obligés de travailler à côté de votre passion?

(Christine) Oui, Catherine et moi donnons des cours de guitares, Tamora travaille dans un studio et notre bassiste travaille sur le Web.

En tant qu'artistes ce n'est pas difficile de passer du monde du travail à celui de la création?

(Christine) Non, nos métiers nous permettent une grande liberté. Et la musique, c'est vraiment ce que nous voulons faire. Alors nous n'avons pas de peine à faire des concessions.

Comment garder alors la foi?

(Christine) C'est dur de jouer dans un monde musical où les critères sont <<ressembler à Britney Spears>>. Pour ma part, la musique me fait vivre intérieurement. L'argent passe au second plan. Il est peut-être plus facile de continuer aux Etats-Unis qu'en Suisse, parce-que la vie est paradoxalement plus confortable en Suisse. On est habitués ici à vouloir posséder une jolie maison, et ce n'est pas notre propos.

(Tamora) On appelle cela la passion.

Combien de temps durera-t-elle?

(Joe) Aussi longtemps qu'il le faudra (rire).

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